Dans un château en Touraine, trois jeunes filles tissaient le Temps.
Cette phrase semble tirée d’un conte et pourtant, ainsi commence l’histoire véritable de Pat, Michèle et Jacqueline, trois amies tisserandes qui décident, en 1956, de mener une vie hors normes en communauté artistique. À la sortie de l’école des Beaux-Arts de Paris, elles fondent L’Atelier de la Martinerie. C’est sous ce nom qu’elles signeront durant plus de cinquante ans, des milliers d’œuvres textiles créées en concertation au Château de Hauteclaire.







Exposant de Sydney à Tokyo, elles attirent la cour du Danemark et les collectionneurs du monde entier. Cependant, malgré une brillante carrière et une reconnaissance à l’international, le décès de Pat Gaillard rompt, en 2008, le fil de cinquante-deux ans de création orchestrée à six mains. Le temps s’est arrêté au Château, les métiers ne battent plus la cadence entre les fuseaux et L’Atelier de la Martinerie a doucement sombré dans l’oubli. Michèle Bourron est partie à son tour en 2024 et Jacqueline Hureau, désormais seule, veille ce trésor encore complet telle une sentinelle courageuse mais fatiguée au cœur d’un château endormi.
Créé en 2025, le Fonds de dotation de L’Atelier de la Martinerie a pour vocation de sauver cette histoire unique et son patrimoine artistique avant qu’il n’en reste qu’une mythologie locale…
Aujourd’hui, Jacqueline Hureau, dernière artiste du trio, vit toujours dans le Château de Hauteclaire. Sa présence assure jusqu’ici la sauvegarde de l’ensemble des œuvres, mais ses conditions de vie ne sont plus adaptées à son âge, et la demeure, comme les collections qu’elle protège, se fragilisent. Sans accompagnement, cet équilibre précaire ne pourra se maintenir longtemps.
Le fonds de dotation a comme première mission de veiller à ce que Jacqueline Hureau porte jusqu’au bout le flambeau et l’âme de L’Atelier de la Martinerie, au cœur de ce lieu de création unique, l’oeuvre d’Art total qu’elle a partagé toute sa vie avec Pat Gaillard et Michèle Bourron.
En 2024, Michèle Bourron et Jacqueline Hureau, conscientes de la précarité de L’Atelier, nous ont confié la mission de créer un fonds de dotation afin de préserver et transmettre leur Art aux futures générations. Leur vision était encore une fois partagée, et elles ont toutes les deux émis le rêve de voir le Château se transformer en musée en temps voulu.
Les collections préservées par L’Atelier représentent un potentiel exceptionnel. Elles comptent plusieurs centaines de tapisseries, fruit d’une activité quotidienne à six mains ininterrompue pendant plus de cinquante ans. Des peintures originales, des icônes dorées à la feuille, des sculptures sur bois et des modelages en argile, des objets détournés et gravés, des banquettes d’ameublement tissées, une bibliothèque extraordinaire, plusieurs dizaines de milliers de dessins originaux et d’archives surgissent chaque jour des coffres et complètent les collections (cartons de tapisseries, carnets de croquis, livres de comptes, photographies, vidéothèque, fournitures techniques, bobines et navettes…).
Le Château est ainsi le précieux vaisseau d’un patrimoine unique en son genre et techniquement significatif d’un savoir-faire textile français. Parmi ces témoins historiques, on compte notamment les métiers de haute lice donnés par les soeurs de Champfleurs en 1968 et ayant servi à l’exécution de tapisseries pour de grands ateliers nationaux. Cependant, la pièce maîtresse trône dans l’atelier principal : un imposant métier de haute lice de 5,80 mètres de long et 2,80 mètres de haut. Un outil hors norme créé pour travailler simultanément à trois et une prouesse technique réalisée sur mesure pour le Château, dont les dimensions pourraient être un modèle unique à l’échelle mondiale.
Dans le Château de Hauteclaire en Touraine, un trésor sommeille dans l’attente d’être redécouvert.








Tandis que les fuseaux reposent délaissés dans les paniers, la nature est en train de reprendre ses droits sur le Château de Hauteclaire.
Pour installer leur Atelier dans ses murs, les artistes auront intégralement restauré le Château au début des années 70. Restauré oui, mais sans le moderniser, ce qui confère aux lieux un aspect exceptionnel. Malgré cela, depuis cinquante ans, le temps a fait son œuvre et désormais les ardoises et tuiles des toitures se soulèvent et éclatent sous la pression des branches de figuiers. La glycine perce des brèches dans les remparts et les arbres tombés déséquilibrent les toits et les murs. Certaines charpentes se sont effondrées sous le poids des mousses et des branches invasives. D’autres bâtiments sont en passe de connaître le même sort, mais en agissant rapidement, nous pouvons encore éviter des travaux colossaux.
L’électricité n’est plus aux normes et nécessite un changement complet du circuit électrique. L’hiver dernier, une panne d’électricité a plongé le Château dans le froid et l’obscurité durant quatre jours, rendant le chauffage d’appoint et la plaque électrique inutilisables. Les cheminées et poêles à bois sont hors service – sans compter la logistique pour les alimenter – car les conduits sont tapissés de bistre, un dépôt de combustion inflammable de plus de dix centimètres. Le nettoyage des conduits du XIVème siècle, en pierre calcaire fragile, nécessite l’intervention de professionnels spécialisés dans les Monuments Historiques.
L’unique robinet du Château n’amène pas l’eau chaude et il n’y pas de voie d’évacuation sous ce dernier. Les seuls points d’eau avec évacuation sont situés dans la salle de bain et dans les cuisines historiques : pour y accéder, il faut emprunter les escaliers en colimaçon et traverser la cour sur un terrain non entretenu et sans éclairage la nuit.
En plus des infiltrations provenant des toits, plusieurs fuites se sont déclarées dans la salle de bain et les cuisines historiques au niveau des canalisations anciennes, endommageant le mobilier. Les décors de mosaïques réalisées par L’Atelier de la Martinerie dans la salle de bain sont rongés par l’eau calcaire qui ruisselle sans interruption du réseau de plomberie réalisé dans les années 70. Les points d’eau ne sont plus utilisables pour l’usage quotidien sans provoquer d’importantes flaques qui s’infiltrent progressivement dans les sols et les murs, déstabilisants ainsi tout le bâti.
Les 600m2 de bâtiments incluant les pièces de vie, trois ateliers et plusieurs réserves, sont livrés aux infiltrations. Une épaisse couche de poussière et de débris recouvre toutes les collections et le mobilier. Les tapisseries, bobines et archives, sont déchiquetées par les souris et les mites qui profitent de l’absence d’activité et de ménage pour construire galeries et nids dans l’accumulation de fils et de poussière. Les couleurs des tapisseries et des peintures s’affadissent de façon préoccupante à la lumière du jour, faute de pouvoir ouvrir et fermer les volets ou de réaliser une rotation des œuvres exposées.
Par ailleurs, les tapisseries autrefois ordonnées et soigneusement emballées sont en désordre suite aux inventaires successifs spéculatifs réalisés au départ de chaque artiste (2008 et 2024). Sans dessus dessous, elles ont été malmenées sans égards : au lieu d’êtres roulées, elles sont pliées au milieu de motifs de soie et de cuirs peints extrêmement sensibles, laissées sous les fenêtres en plein soleil, à proximité de fuites d’eau, jetées dans le passage d’oiseaux et de rongeurs pourtant bien visibles.
L’Atelier de la Martinerie aura sa place dans l’Histoire de l’art.– André Maurois
En 1966, le Château de Hauteclaire n’était qu’une demeure oubliée sur le point de s’effondrer, mais Pat, Michèle et Jacqueline, les dames de la Martinerie, l’ont sauvé de la ruine. Ce lieu, façonné par l’art et la patience, est devenu le cœur battant de leur vie et de leur amitié.
Inspirés par ce cercle vertueux, c’est à notre tour de sauver le Château de Hauteclaire avec son précieux patrimoine : celui de L’Atelier de la Martinerie !
Le fonds de dotation œuvre a plusieurs priorités:
Et à long terme, un rêve : ouvrir le Château avec un musée de L’Atelier de la Martinerie comme l’ont souhaité les artistes.
Vidéo réalisée par Grégoire Verdier-Soñj Audiovisuel
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Et le simple berger lui-même qui veille ses moutons sous les étoiles, s’il prend conscience de son rôle, se découvre plus qu’un berger. Il est une sentinelle. Et chaque sentinelle est responsable de tout l’empire.– Antoine de Saint-Exupéry
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