Connues sous le nom de Nornes dans la mythologie nordique, Moires dans la mythologie grecque et Parques dans la tradition romaine, ces trois fileuses du destin tiennent entre leurs doigts le fil fragile de la vie humaine, qu’elles tissent, mesurent… et tranchent.
Également au nombre de trois, mais profondément humaines, c’est en Touraine que les Dames de La Martinerie décidèrent à leur tour d’entrer dans la légende en tissant, à six mains, la laine.
Au début des années 50, Pat, Michèle et Jacqueline se rencontrent aux Beaux-Arts de Paris. Elles y pratiquent divers arts plastiques, peinture, dessin, céramique, fresque, sculpture et gravure, mais elles jettent leur dévolu sur l’art de la tapisserie. Autodidactes, elles commencent d’abord par la broderie et le point de croix, avant d’expérimenter le tissage en haute lice puis jacquard qui deviendra leur signature. Si elles se sont consacrées aux tapisseries, leur expérience des différents médiums et leur maîtrise de la couleur se retrouve tout au long de leur prodigieuse carrière à laquelle aucune matière n’échappera.
Artistes complètes et unies par une même vision, les Dames ne feront qu’une dans la création et la vie quotidienne. Pendant plus de cinquante ans, L’Atelier de La Martinerie va créer une oeuvre d’Art total. En a découlé une production intense, aussi bien inspirée par la philosophie hindouiste, l’astrologie ou la science-fiction.
Jacqueline Hureau
1935
Michèle Bourron
1935-2024
Pat Gaillard
1929-2008
En 1956, les trois amies de l’école des Beaux-Arts de Paris décident de créer un atelier qui répondra à leur idéal de vie communautaire.
Elles cherchent un lieu de création en Touraine, la région de Pat, et posent finalement leurs cartons de tapisserie dans une petite ferme qu’elles louent à Luzillé. Débutant dans des conditions extrêmement rudimentaires, elles travaillent aux champs et dans les étables pour payer leur pain quotidien, et sont soutenues par les paysans du coin qui leur fournissent la matière première pour teindre et filer la laine.
La Maison des Beaux-Arts de Paris les invite à présenter leur travail. Le collectionneur américain Ian Woodner (1903-1990) fait l’acquisition de l’ensemble des tapisseries présentées dans l’exposition.
Michèle Paule Bourron reçoit le Prix de la Vocation de la Fondation Bleustein-Blanchet au nom du trio. Elle obtient 1 million de francs qui permet de monter la première exposition de La Martinerie.
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Grâce à l’argent récolté, la communauté s’installe au prieuré de Grandmont à Villeloin-Coulangé qu’elles commencent à rénover. Elles cultivent les terres et possèdent quelques animaux domestiques de subsistance mais aussi des moutons pour teindre et filer la laine.
Elles sont repérées assez tôt par l’entourage d’André Malraux (1901-1976), comme en témoigne la préface de leur exposition écrite en 1962 par Louise de Vilmorin. En 1965, l’écrivain et académicien André Maurois dira des tapisseries de La Martinerie qu’elles se trouvent là où « L’art le plus neuf rejoint le plus ancien ».
Nous sommes entrées en tapisserie
Travaillant la tapisserie en haute lice – en disposant verticalement les fils du métier à tisser – elles expérimentent plusieurs modèles encombrants et ont rapidement le désir d’agrandir leur atelier.
Elles découvrent le Château de Ports-sur-Vienne au lieu-dit de Hauteclaire, où elles s’établissent pour de bon. Avec le fruit de leur art, elles sauvent le Château qui était à l’état de ruines depuis la Révolution française.
Des Franciscaines du couvent de l’Immaculée Conception de Champfleur, ayant travaillé comme exécutantes en tapisserie pour des grands ateliers nationaux, entendent parler de L’Atelier de La Martinerie dans la presse et leur proposent leurs métiers à tisser.
Elles ouvrent une galerie d’exposition permanente à la Galerie Saint-Martin à Tours en 1986, puis dans la ville d’Amboise en 1988.
Pat Gaillard est nommée chevalier de la Légion d’honneur au nom de La Martinerie sur le rapport du Premier ministre et du ministre de la Culture. Elles reçoivent ensemble la légion d’honneur des mains de Jacques Chaban-Delmas à Bordeaux.
Au début des années 2000, la production de La Martinerie se réduit mais les expositions se poursuivent toujours en France et dans le monde entier, du Japon à l’Australie.
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Elles reçoivent un accueil important à Copenhague, où elles exposent plusieurs fois jusqu’en 2012, attirant à elles la Cour du Danemark qui se passionne pour la tapisserie contemporaine.
Pat Gaillard décède. Se rompt alors l’équilibre de plus de cinquante années de collaboration, signant l’arrêt de la production de nouveaux modèles.
Après la galerie de Tours, la galerie d’exposition permanente d’Amboise ferme ses portes.
Suite au décès de leur galeriste Claude Massot, l’idée de faire revivre L’Atelier de La Martinerie est évoquée.
L’Hôtel Goüin de Tours accueille une rétrospective de leur œuvre commune.
Michèle Bourron et Jacqueline Hureau, soutenues par leurs familles respectives, nous confient la création d’une structure philantropique afin de préserver et transmettre L’ Atelier de La Martinerie au Château de Hauteclaire.
Le fonds de dotation de L’Atelier de La Martinerie est créé en 2025. Soixante-dix ans après sa création, l’année 2026 marque officiellement la renaissance de La Martinerie.
L’Atelier de la Martinerie aura sa place dans l’Histoire de l’art.– André Maurois
Vidéo réalisée par Grégoire Verdier-Soñj Audiovisuel
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